1. Définition

D’après l’Encyclopédie Universalis, le « care » définit des notions variées telles que :

« celles du soin, du souci, de la proximité, du fait de se sentir concerné, donc d’attitudes ou de dispositions morales (care about, for), mais aussi celles de l’activité et du travail de care (take care).[…] La première fonction de l’éthique du « care » est d’attirer l’attention sur un ensemble de phénomènes négligés : en premier lieu une dimension morale, en second lieu […] une dimension pratique, celle des activités de care et du statut des care givers1. »

Le concept de caring émerge dans les années 70 dans le milieu infirmier et médical aux États-Unis. Ce terme a été repris d’abord par Carol Gilligan dans les sciences sociales, puis par Joan Tronto dès les années 90. Celle-ci nous offre une vision sur une réflexion éthique de la « prise en charge » et le définit ainsi :

« Le care est une activité caractéristique de l’espèce humaine qui inclut tout ce que nous faisons en vue de maintenir, de continuer ou de réparer notre ‘‘monde’’ de telle sorte que nous puissions vivre aussi bien que possible. Ce monde inclut nos corps, nos individualités (selves) et notre environnement, que nous cherchons à tisser ensemble dans un maillage complexe qui soutient la vie2. »

Cette définition de Joan Tronto permet d’éclairer le concept de « care », qui ne se réduit alors plus qu’à une simple humanisation des soins, mais à toutes les modalités de réponse que notre société peut apporter aux situations de vulnérabilité, quelles qu’elles soient.

D’après le Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales, l’éthique est la «science qui traite des principes régulateurs de l’action et de la conduite morale3. » Ainsi l’éthique du « care » reconnaît-elle l’importance de la vie humaine et donc l’intérêt pour autrui et repense ainsi les rapports de justice :

« En se focalisant sur le soin, cette perspective [de l’éthique du care] relie vulnérabilité et dépendance, vulnérabilité et sensibilité comme deux faces d’une même étoffe. […] La trame tissée par le care dessine une sorte de lien primaire, indissociablement social et moral. L’éthique du care affirme l’importance de ces liens. »

LAUGIER, Sandra (dir.), Le souci des autres, éthique et politique du care, Paris, éd. EHESS, coll. Raisons pratiques, 2011, p. 334-335.

Pour préciser la notion, il faut rappeler qu’il existe quatre formes de care : caring about (se soucier de quelqu’un ou quelque chose), caring for (prendre soin de quelqu’un ou quelque chose), care giving (soigner quelqu’un), care receiving (être l’objet du soin)4. La notion de care implique aussi l’idée de traitement juste. En effet, d’après Susan Moller Okin : « on ne fonde pas les principes de la justice sur le désintérêt et le détachement à l’égard d’autrui mais sur l’empathie et le souci des autres5. »

Le care est donc un pilier de la vie de chacun qui malheureusement est souvent négligé et relégué aux classes socio-professionnelles inférieures. Il est désormais une des bases indispensables à notre société.

2. De l’anglais au français

La notion de care est difficile à traduire. Bien que l’on puisse utiliser les expressions « prendre soin », « se soucier de », « faire attention » ou les termes de « sollicitude », « soin » ou « souci », ces termes isolés ne parviennent à couvrir entièrement le champ sémantique du mot care. À titre d’exemple, la traduction de care par sollicitude fait qu’on pense que c’est une forme de sentimentalisme. Cette traduction met en avant l’aspect éthique de se soucier du bien-être d’autrui, mais pas sa dimension pratique et la face objective de cette éthique. Les difficultés de traduction du terme care font que l’expression anglaise, plus large, reste majoritairement utilisée au détriment d’autres termes français plus spécifiques et ne regroupant pas tout le spectre qu’englobe le care.

3. Explication du concept

L’éthique du « care », selon Carol Gilligan, s’articule autour de concepts moraux, tels qu’en premier lieu la responsabilité et les liens humains ; ensuite cette forme de morale est liée à des circonstances concrètes et ne demeure par conséquent pas formelle et abstraite. Enfin cette forme de morale est mieux exprimée non pas comme un ensemble de principes, mais comme une activité (l’activité du soin).

Selon Carol Gilligan, la morale n’est pas fondée sur des principes abstraits et universels mais dans les expériences quotidiennes et les problèmes moraux que les gens rencontrent dans la vie de tous les jours. D’après elle, l’éthique du « care » est liée au genre. Le « care » serait peut-être une activité constitutive à travers laquelle les femmes accomplissent leur féminité, et contre laquelle la masculinité se forme. Selon cette autrice, l’éthique du « care » ne se développe peut-être que lorsque l’on fait l’expérience du soin, celui que l’on donne aux autres et celui qu’on reçoit des autres. La pénurie d’expérience du soin par les hommes privilégiés les prive de cette morale. Les bénéficiaires du care sont les personnes privilégiées qui ont l’argent pour y accéder. Ceux qui ne sont pas privilégiés, vulnérables, dépendent des autres. Il en découle une inégalité sociale. Nous sommes donc tous visés par le care mais de façon inégale. Elle perçoit dans ce texte une voix morale différente qui définit les problèmes moraux d’une autre manière que ne le fait l’éthique de la justice : « Une éthique féministe du care est une voix différente […] ; c’est une voix qui n’est pas gouvernée par la dualité et la hiérarchie du genre, mais qui articule les normes et les valeurs démocratiques6. » Dans une société et une culture patriarcale, le « care » relève d’une éthique féminine, qui reflète la dichotomie de genre et la hiérarchie de patriarcat. Les femmes sont dévouées aux autres, sensibles à leurs besoins, elles sont dans l’effacement complet de soi. Carol Gilligan défend l’idée que dans une culture et une société démocratiques (fondées sur l’égalité de voix et le débat ouvert), « le care est une éthique féministe : une éthique conduisant à une démocratie libérée du patriarcat et des maux qui lui sont associés, le racisme, le sexisme, l’homophobie, et d’autres formes d’intolérance et d’absence de care7

Le design met au centre de ses préoccupations l’usager, il paraît donc logique que le souci de l’autre, le design et l’éthique soient intrinsèquement liés. Le care fait évoluer les méthodes et objectifs du design en même temps que ce dernier alimente le care, à travers divers dispositifs : « Ce que le care apporte au design est la possibilité d’intervenir dans un milieu avec une nouvelle fonction, pour occuper une autre place que celle d’un simple fournisseur d’objets ou d’un aménageur d’espace8. » Le design thinking permet de comprendre l’utilisateur, et place le care au centre d’une démarche permettant ainsi des initiatives dans le champ du soin mais aussi du bien-être de manière plus générale.

Camille STOLPNER, Master 2 « Design, Arts, Médias », Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2021-2022.


  1. https://www.universalis.fr/encyclopedie/care-philosophie/
    Consulté le 13/12/2021 

  2. LAUGIER Sandra, MOLINIER Pascale, et PAPERMAN Patricia, Qu’est-ce que le care ?, Paris, éd. Payot, coll. « Petite bibliothèque Payot », 2009, p. 37. 

  3. https://www.cnrtl.fr/definition/%C3%A9thique, Consulté le 13/12/2021 

  4. LAUGIER Sandra, MOLINIER Pascale, et PAPERMAN Patricia, Qu’est-ce que le care ?, Paris, éd. Payot, coll. « Petite bibliothèque Payot », 2009. 

  5. LAUGIER, Sandra (dir.), Le souci des autres, éthique et politique du care, op. cit., p. 152. 

  6. Ibidem., p. 41. 

  7. Ibid

  8. DAUTREY Jehanne (dir.), Design et pensée du care. Pour un design des micro-luttes et des singularités, Dijon, éd. Les presses du réel, 2019, p. 13.