1. Définition

Le « bon design » pourrait ainsi être défini comme un design qui répond aux critères de l’esthétique industrielle, alliant l’utilité et la beauté. De façon plus précise, l’Agence Française des Designers (AFD) définit le terme de « design » comme étant un «processus intellectuel créatif, pluridisciplinaire et humaniste, dont le but est de traiter et d’apporter des solutions aux problématiques de tous les jours, petites et grandes, liées aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux ». Le « bon design » serait celui qui atteint ces objectifs.

Au-delà de la définition et du but qu’elle assigne au design, nous pouvons entrer dans les difficultés qu’une telle notion recèle en lisant Norma Potter :

« Il est difficile de dire si une solution de design est "bonne" ou "appropriée" sans connaître son objectif, voire dans certains cas le contexte précis dans lequel elle s’inscrit. Il ne faut pas pour autant craindre de porter un jugement. […] Pour le designer, le bon design correspond à la réponse généreuse et pertinente apportée au contexte global d’une opportunité de design bien précise, quelle que soit son échelle, alors que la qualité du résultat réside pour sa part dans une corrélation étroite et fidèle entre la forme et le sens. […] Avant toute chose, il faut bien comprendre que parler de "bon" design, c’est parler des conditions de notre époque, de la façon dont nous les vivons et les appréhendons. L’intelligibilité – et peut-être l’existence même – d’un "langage" de design est l’un des problèmes nés de cette fragmentation culturelle qui nous empêche de prendre part à toutes les autres pratiques de notre culture. »

Norman POTTER, Qu’est-ce qu’un designer : objets. lieux. messages, Paris, B42, collection Essais, 2018, p. 35-50.

2. De l’anglais au français

Le terme est traduit en français depuis la langue anglaise. La notion s’éclaire à travers son usage, comme en témoigne la référence suivante :

« Good design is innovative.
Good design makes a product useful.
Good design is aesthetic.
Good design makes a product understandable.
Good design is unobtrusive.
Good design is honest.
Good design is long-lasting.
Good design is thorough down to the last detail.
Good design is environmentally friendly.
Good design is as little design as possible1

Dieter RAMS, 10 principles for good design, Munich – London – New York, Prestel, The Jorrit Maan Collection, 2021, p. 92.

Le renforcement de la notion de bon design se fait ici par l’anaphore. En effet, « good design » est répété sans cesse dans le but de rythmer le propos. De plus, employé ici en anglais, le « good design » est qualifié en lui-même et non relativement à un produit ou à une personne qui émet un jument sur ce produit.

3. Explication du concept

Le bon design est un type de design parmi d’autres. C’est un concept qui se transforme selon l’époque dans laquelle nous évoluons. En effet, la définition de bon design n’était pas la même il y a cent ans et sera encore différente dans quelques années. Cela est lié au fait que nos techniques, moyens et méthodes évoluent. Ces dernières années, les nouvelles technologies sont apparues et ont changé notre façon de travailler.

Pour qu’un design soit bon il faut néanmoins, toutes époques confondues, qu’il corresponde à l’intention de départ du designer. Le designer est libre de faire évoluer sa conception tout en gardant en tête son objectif premier. Il peut également s’agir d’un design qui a, pourrait-on dire, un coup d’avance, qui est innovant. Il ne s’agit pas de refaire ce qui a déjà été fait dans le même but du précédent concepteur.

Le bon design répond à toutes les exigences qu’un designer peut connaître. Ainsi, le bon design pourrait être la litote d’un « design parfait ». Nous pouvons alors nous demander s’il existe véritablement.

4. Problématisation

Tout d’abord, le bon design relève du jugement de chacun. Le designer est ainsi libre de penser ce qu’il souhaite de sa conception et selon ses critères spécifiques. L’individu portant un jugement possède donc un libre arbitre qui va lui permettre de penser par lui-même et de dire s’il s’agit ou non d’un bon design. Cela en fait donc une notion subjective que tout le monde est libre d’interpréter différemment selon sa culture, ses connaissances, et son vécu.

Ensuite, nous pouvons nous interroger sur l’existence d’un bon design. Existe-t-il un mauvais design ? Et par extension, un mauvais designer ? Si une des conditions pour faire du bon design n’est pas présente dans la forme créée par le designer alors ce n’est plus du bon design. Pourtant, pouvons-nous dire qu’il s’agit d’un mauvais design ?

Le bon design soulève dès lors la question de sa pratique. Pratiquer le bon design pourrait être trop contraignant et limiter le designer dans sa recherche et sa conception. Dans un contexte de perfectionnisme, la créativité pourrait être remise en cause. Les designers devraient alors s’intéresser à l’utilité du design et mettre davantage l’utilisateur au cœur de leurs études plutôt que de rechercher la perfection de l’objet lui-même.

5. Illustration

Figure 1. Bon design, Juliette SOUBIEUX

Juliette SOUBIEUX, Master 1 « Design, Arts, Médias», Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2021-2022.


  1. Proposition de traduction : « Le bon design est innovant. Le bon design rend un produit utile. Le bon design est esthétique. Le bon design rend le produit compréhensible. Le bon design est épuré. Le bon design est honnête. Le bon design est pérenne. Le bon design est minutieux jusqu’au dernier détail. Le bon design est respectueux de l’environnement. Le bon design est le moins « design » que possible. » (Traduit par mes soins).